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    Le rover chinois Zhurong a déjà fini sa mission primaire sur Mars : et maintenant ?

    news.movim.eu / Numerama · Thursday, 26 August - 10:32

Il était conçu pour fonctionner pendant au moins 90 jours sur Mars. Le rover Zhurong vient de dépasser ce délai et l'agence spatiale chinoise veut continuer la mission. Une période de cessation temporaire de ses activités l'attend cependant. [Lire la suite]

Voitures, vélos, scooters... : la mobilité de demain se lit sur Vroom ! https://www.numerama.com/vroom/vroom//

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    Hainan : la première île écolo-nucléaire ?

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Saturday, 13 February, 2021 - 04:35 · 3 minutes

Hainan

Par Michel Gay.

L’île de Hainan au sud de la Chine souhaite créer une zone pilote de développement d’énergies propres pour devenir la première île écologique en augmentant la part du nucléaire comme principale source de production d’électricité pour se substituer au pétrole, au charbon, et au gaz.

Décarboner l’île

La politique énergétique consistant à se retirer du pétrole, du charbon et à réduire la production onéreuse d’électricité à partir du gaz qui ne correspond pas à l’objectif affiché de neutralité carbone, a fait l’objet d’un consensus sur l’île de Hainan selon les Nouvelles nucléaires de Chine publiées début février 2021 par l’ambassade de France en Chine.

Mais le développement des filières éoliennes et solaires est soumis à un stockage massif d’électricité encore inexistant. Elles ont aussi leurs propres contraintes (productions fatales variables ou intermittentes) et une faible densité énergétique par unité de surface, ce qui est un problème sur une île de 34 000 km2 densément peuplée où vivent près de 10 millions d’habitants.

Une étude locale a conclu que le recours accru à ces énergies dépendant du vent et du soleil ne permettrait pas de répondre aux besoins de l’île, provoquerait des conflits liés à l’usage des sols, et compromettait son écosystème et ses paysages naturels. Le parc éolien et solaire restera donc identique dans les années à venir.

Le nucléaire comme solution

Selon le souhait des autorités chinoises, le nucléaire représentera donc une part importante de la production d’électricité de Hainan en devenant une zone pilote de développement d’énergies propres comme le nucléaire pour viser une île écologique. Le nucléaire sera alors la principale énergie ajoutée sur l’île pour la période 2026-2035.

Le Hainan possède déjà deux réacteurs nucléaires de 650 mégawatts (MW) en fonctionnement et accueillera deux autres réacteurs Hualong 1 de 1150 MW chacun sur un des nombreux sites dédiés disponibles sur l’île ce qui portera la puissance nucléaire installée de 1300 MW à 3600 MW.

Première île écolo-nucléaire au monde

Il y a bien eu un essai 100 % renouvelables pour la production d’électricité sur l’île d’El Hierro (ouest des Canaries) à partir d’éolien et d’hydraulique, mais ce fut un échec financier et technique.

Entre 2015 et 2018, la part de consommation du diesel (fioul lourd) a oscillé entre 44 % et 70 %. En 2019, elle était toujours de 46 % ( 54 % pour les renouvelables ).

La Grande-Bretagne envisage toujours la construction d’ une dizaine de réacteurs nucléaires dans les prochaines années pour diminuer sa consommation de gaz et de charbon.

Même l’Irlande pourrait se tourner vers le nucléaire selon le site Wnn news du 9 février 2021 .

En effet, le groupe de professionnels irlandais « 18 for 0 » vise à introduire 18 % de production nucléaire sur l’île pour réduire à 0 % la consommation d’énergie fossile pour sa production d’électricité en 2037.

Il a écrit fin janvier 2021 au ministre irlandais de l’Environnement, du climat et des communications, Eamon Ryan, « pour l’exhorter à envisager l’énergie nucléaire dans les plans du pays afin de réduire les émissions de carbone et pour s’enquérir des projets du gouvernement de mener une étude sur le potentiel de l’énergie nucléaire. »

À l’horizon 2035, en ayant réellement réduit sa consommation d’énergies fossiles à presque zéro pour sa production d’électricité, l’île de Hainan pourrait donc bien devenir la première île écolo-nucléaire au monde !

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    Filmées par la sonde Tianwen-1, des images inédites de Mars

    news.movim.eu / HuffingtonPost · Friday, 12 February, 2021 - 11:21 · 1 minute

ESPACE - À couper le souffle. Arrivée en orbite de la planète mars le 10 février, la sonde chinoise Tianwen-1 a envoyé suffisamment d’images pour constituer des vidéos jamais vues de la surface de la planète rouge : une vision stupéfiante à retrouver dans la vidéo en tête de cet article.

Après un voyage de 200 millions de kilomètres entamé le 23 juillet 2020, la sonde chinoise est donc en orbite elliptique avant la prochaine étape de son voyage: la descente sur la terre ferme du robot d’exploration qui sillonnera le sol martien. Un atterrissage prévu entre mai et juin 2021.

La mission Tianwen-1, si elle est entièrement réussie, illustrera les pas de géant accomplis par la Chine depuis la première mise en orbite terrestre d’un astronaute par Pékin en 2003. Les plans de l’Empire du Milieu sont à la hauteur de cette progression rapide, avec la construction d’une station spatiale d’ici à 2022, puis l’envoi d’homme sur la Lune en 2030.

À voir également sur Le HuffPost: Un prototype de fusée s’écrase après avoir atteint 10km de hauteur

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    Loi anti-Huawei : une balle dans le pied de notre 5G nationale

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Thursday, 11 February, 2021 - 04:00 · 6 minutes

Huawei

Par Yannick Chatelain, Sylvain Colombero, Pierre Dal Zotto et Federico Pigni.

Les débats sont toujours passionnés autour du déploiement de la 5G , ses enjeux sont multiples et questionnent : possibles impacts sur la santé , sur la vie privée , etc. Nonobstant tous ses apports potentiels avérés :

  • Possibilité de disposer de connexions à la fiabilité inégalée et au temps de réponse extrêmement rapide. Ce qui permettra par exemple l’essor de la télémédecine avancée (comme la chirurgie à distance).
  • Un débit aussi rapide et stable qu’une connexion fibre, mais sur un appareil mobile, même en mouvement à grande vitesse (plusieurs centaines de km/h). C’est là que se situe la potentialité mise en avant pour les consommateurs, cela ne représente finalement qu’un tiers du potentiel de la 5G.
  • L’interconnectivité de près d’un million d’objets par km2, objets qui, en plus d’interagir avec les humains, communiqueront entre eux pour s’autoréguler (comme la voiture autonome ou les transports intelligents).

C’est sur le terrain géopolitique que la 5G se retrouve en France sur l’avant-scène en brandissant une question de sécurité nationale.

Huawei, coupable de… soupçons

Sans jamais être cité dans le texte constitutionnel, il a ainsi été décidé qu’Huawei – qui est techniquement parmi les leaders mondiaux sur la 5G – ne dominera pas le marché français de la 5G.

Dans le collimateur de nombreux pays dont les États-unis et l’Angleterre – les législateurs anglais affirment qu’existent « des preuves claires de collusion » entre Huawei et « l’appareil du Parti communiste chinois ». La France s’inscrit depuis plusieurs années dans le même mouvement de défiance.

Le Conseil constitutionnel a ainsi validé le vendredi 5 février les dispositifs figurant dans une loi du 1er août 2019, ciblant sans ambages le géant chinois des télécoms au grand dam des opérateurs télécoms français SFR et Bouygues Telecom, clients traditionnels de la firme. Ces derniers avaient déposé des questions prioritaires de constitutionnalité (QPC ) au regard des conséquences sur leur activité. Ils ont été déboutés.

Si la notion de sécurité nationale est invoquée, notons que les risques que représente Huawei sont les mêmes que pour n’importe quel acteur privé : celui qui contrôle une partie de l’infrastructure technologique au niveau du réseau peut accéder à des éléments critiques en lien avec les télécommunications, lesquels se doivent d’être protégés.

Ajoutons que de nombreux pays tendent à favoriser leurs propres acteurs économiques, et que le passé nous a appris que des usages dévoyés des technologies ne sont pas l’apanage de la Chine et n’ont pas attendu la 5G.

Une loi anti-Huawei et des conséquences

Pour la France cette loi ne sera pas sans conséquence. Il est difficile d’avancer qu’elle soutient nos opérateurs phares. Comme le soulignait la fédération française des télécoms :

Si demain, Huawei était amené à être interdit sur tout ou partie du territoire, il faut bien que chacun ait conscience des retards considérables que nous prendrions dans les déploiements. Ça serait un retard considérable pour les territoires, pour les entreprises françaises, pour la transformation numérique. Cela aurait un coût.

Dès 2019, une étude conduite en avril par la GSMA , l’association des opérateurs et constructeurs de téléphonie mobile, corroborait ce discours et alertait devant la montée en puissance d’une ostracisation fondée sur le soupçon.

Le journal Le Monde qui avait pu accéder à ce document non rendu public indiquait que :

Une exclusion des vendeurs chinois d’équipements télécoms du marché européen augmenterait la facture du déploiement de la 5G d’environ 55 milliards d’euros pour les opérateurs européens.

Dans les faits, et pour l’exemple sur notre territoire, le 28 août 2020 l’opérateur Bouygues Telecom anticipant une évolution défavorable avait annoncé le démantèlement de 3000 de ses antennes en France , soit un septième de ses équipements, d’ici 2028.

Des potentiels leviers de croissance menacés

Si ce texte persiste à placer certains de nos opérateurs dans la difficulté et peut entraîner un ralentissement du déploiement physique de la 5G sur le territoire national, au sens technique de nombreux acteurs privés ou publics, européens (Thalès, Nokia, etc.) ou internationaux (KTSAT ou Huawei) notamment ont déjà investi dans la recherche et développement de la 5G.

Le développement technique étant aujourd’hui arrivé à maturité, l’enjeu se situe désormais au niveau du développement commercial de la 5G. C’est ce dernier qui risque d’être altéré ; le seul frein proviendrait donc des marchés verticaux qui ne voudraient ou ne pourraient pas innover en n’intégrant pas la 5G dans leur business models.

Les potentiels leviers de croissance sont énormes, et cela pour différents secteurs : urbanisme avec les smarts cities , automobile avec la voiture autonome, industrie avec les jumeaux numériques… Avec les retards connus sur la mise aux enchères des fréquences, si la France devait persister dans une défiance outrancière, elle risquerait de cumuler du retard sur le déploiement de la 5G alors même que les recherches sur la 6G ont déjà débuté sur le territoire.

À qui sait attendre, le temps ouvre ses portes – Proverbe chinois

Pour conclure, cette loi, qui ne peut être qualifiée de Huawei- friendly , ne semble pas avoir à ce jour altéré la sérénité de cette dernière. Nulle marche arrière n’a été évoquée quant à l’installation de sa première usine hors de Chine à Brumath, près de Strasbourg.

Cette usine devrait ouvrir en 2023, le géant chinois y produira du matériel pour les réseaux mobiles, notamment 5G. 500 emplois seront créés, et sa vocation sera de desservir toute l’Europe.

Si la firme ne s’est pas rétractée, le porte-parole de l’ambassade de Chine a toutefois laisser entendre le 9 février que :

Si l’équipementier chinois devait faire l’objet de discriminations ou d’une interdiction dans l’Hexagone, Pékin pourrait, en retour, prendre des mesures de rétorsion à l’égard de Nokia et d’Ericsson dans l’Empire du Milieu…

Dans un monde qui se prépare à une crise économique historique, la France se montrera-t-elle demain plus sensible à la diplomatie du carnet de chèques ?

À suivre…

Federico Pigni est Senior Professeur au département Management et Technologie. Dean (GEM).

Sylvain Colombero est Professeur Assistant au département Management et Technologie (GEM)

Pierre Dal Zotto est Professeur Assistant Coordinateur de la Chaire Digital, Organization & Society (GEM)

Yannick Chatelain est Professeur Associé au département Marketing, responsable « GemInsights » (GEM)

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    9 informations à connaître sur l’Asie

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Saturday, 6 February, 2021 - 04:20 · 18 minutes

Un entretien dirigé par François Vuillerme pour le blog Les sherpas .

Les villes chinoises, preuve du spectaculaire rattrapage du pays

Bonjour monsieur Montenay, j’aimerais commencer cette interview en abordant le cas de la Chine qui est aujourd’hui le premier challenger des États-Unis. Comment s’explique l’exceptionnel développement qu’a connu le pays depuis plusieurs décennies ?

Yves Montenay : La réponse la plus simple est qu’il s’agit d’un rattrapage comme expliqué dans un de mes articles . Je résume : l’Occident a mis au point non seulement des techniques, mais aussi des modes d’organisation et de formation qui expliquent son développement. Il suffit d’y puiser pour se développer très rapidement.

D’abord, pour nourrir la population, Deng Xiaoping a permis aux paysans de vendre leur récolte au lieu de l’apporter aux kolkhozes. J’étais au Vietnam quand le gouvernement communiste vietnamien a fait de même : le temps d’une récolte on est passé de la famine à l’abondance. Il y avait tellement de riz qu’on ne savait plus où le stocker et des montagnes de riz envahissaient les routes.

Concernant l’industrie, on a autorisé l’arrivée d’entreprises étrangères, ce qui entraîne une foule de progrès, par exemple :

  • Permettre à un jeune agriculteur chinois à productivité marginale nulle (car une personne de moins dans l’exploitation familiale ne change pas sa production) de devenir ouvrier chez un sous-traitant d’Apple génère une augmentation considérable de la productivité.
  • Obtenir des devises, et pouvoir ainsi importer du matériel moderne, donc parallèlement libéraliser juridiquement le commerce international. Pour montrer à quel point l’impact est massif, rappelons que pour environ 1000 dollars on a aujourd’hui un ordinateur dont la mise au point historique depuis environ 60 ans (j’ai été directeur d’un service informatique en 1968 et les années suivantes) a nécessité des sommes fantastiques. Autrement dit, on achète 60 ans de développement pour pratiquement rien !

On n’imagine pas aujourd’hui à quel point le communisme est bloquant , il faut des autorisations pour tout. Dans le meilleur des cas c’est lent, et en général c’est refusé car contraire à l’idéologie et vous classe politiquement du mauvais côté. On finit rapidement par ne plus rien proposer.

Ce n’est pas du tout minimiser les mérites de la Chine que de parler de rattrapage, car très peu de pays dans le monde l’ont réussi aussi rapidement pour des raisons principalement de mauvaise gouvernance. Mais il faut insister sur les conditions nécessaires à ce rattrapage. En particulier l’entreprenariat local et étranger a besoin d’une alphabétisation générale et du respect de l’ordre public. Deux conditions qui n’existent pas dans de nombreux pays.

Le développement des NPIA et du Japon

Ce développement n’est pas spécifiquement propre à la Chine : avant il y avait le Japon et les NPIA (Hong Kong, Taïwan, Singapour, Corée du Sud). Comment expliquer l’essor de ces différents pays grâce à la mondialisation ? Quelles sont leurs forces ?

Yves Montenay : Pour les mêmes raisons qu’en Chine, donc je court-circuite là aussi largement la politique et la macro-économie.

Il est historiquement intéressant de voir les décalages dans le temps. Dans tous ces pays, l’irruption souvent militaire de l’Occident a été traumatisante, et il en est résulté des violences entre traditionalistes fiers de leur passé historique et modernistes décidant de copier l’Occident.

C’est au Japon que les modernistes ont gagné les premiers (en 1868), ce qui explique son avance sur les autres pays. Et il est frappant de voir que son développement s’est considérablement ralenti depuis qu’il a rejoint en gros le niveau occidental, ce qui est une preuve indirecte du rattrapage.

Pour les autres ça s’est fait progressivement à partir de 1950, ce qui explique leur avance sur la Chine, qui, elle n’a commencé qu’après la mort de Mao. Voir également un de mes articles sur ce sujet.

Leurs forces d’aujourd’hui que vous signalez dans votre question sont tout à fait réelles, mais ne sont que des conséquences de ce qui précède. Je renvoie leur examen aux cours de géopolitique détaillés.

Démographie et développement en Asie

Quand on observe la réalité démographique de ces pays, on se rend rapidement compte qu’il y a un frein inéluctable à leur croissance. Le vieillissement au Japon et bientôt en Chine laisse des interrogations importantes sur la pérennité du développement de ces nations. En tant que spécialiste, qu’en pensez-vous ? Pensez-vous aussi que la Chine « sera vieille avant d’être riche » ? Quel sera la réalité de ce Japon qui refuse l’immigration ?

Yves Montenay : Avant d’être le frein dont nous allons parler, la démographie les a au contraire aidés. C’est ce qu’on appelle « le dividende démographique ». Lorsque la fécondité baisse il y a une période de 20 à 30 ans pendant laquelle il y a peu d’enfants, beaucoup d’actifs et pas encore beaucoup de vieux. La croissance économique est donc favorisée pendant cette période, ce qui a été le cas dans tous ces pays.

Mais le même mécanisme engendre plus tard le vieillissement : la diminution des naissances entraîne la diminution de la population active au moment où le nombre de vieux augmente rapidement. Le niveau de vie baisse alors à productivité constante. Comme la productivité continue d’augmenter, cette baisse du niveau de vie ne se manifeste pas pour l’instant, mais une partie des progrès sont « mangés » par le vieillissement. Et le seront de plus en plus.

Le Japon est effectivement l’exemple le plus avancé de cette évolution. Le gouvernement en est conscient et pousse à l’immigration, mais se heurte aux électeurs qui y sont opposés. Voir mon article .

L’Inde, une future super-puissance ?

Au contraire, l’Inde est un peuple plus jeune qui connaîtra sa fenêtre d’opportunité en 2030. Cependant ses défauts structurels sont encore inquiétants. L’Inde sera-t-elle un jour en mesure de prendre la place de cette Chine qui paraît aujourd’hui si puissante ?

Yves Montenay : Effectivement, l’Inde aborde le temps du « dividende démographique ».

Mais elle a encore des handicaps profonds. D’abord son retard dans l’éducation (probablement le handicap plus important), retard dans les infrastructures, profondes fractures religieuses, linguistiques et sociales (mais, pour ces dernières, la Chine aussi même si elles ne peuvent pas s’exprimer).

En particulier, il y a une fracture profonde entre la majorité hindoue et les minorités musulmanes et chrétiennes. Longtemps le pouvoir a été aux mains du Parti du congrès laïque, mais il est maintenant tenu par des activistes hindous qui estiment être les seuls Indiens légitimes.

En particulier les musulmans, environ 200 millions, sont particulièrement brimés. Surtout au Cachemire où ils sont majoritaires et qui est revendiqué par le Pakistan. À côté du problème politique, il y a des retombées économiques : la vache est sacrée pour les Hindous , donc les bouchers et les exportateurs de viande sont en général musulmans, et le gouvernement actuel a pratiquement tué cette filière.

Quant aux chrétiens, ils se trouvent soit dans des tribus ultra minoritaires de l’extrême, soit au contraire au Kerala, cet État du sud de l’Inde particulièrement développé « parce que nous avons été très tôt en contact avec des étrangers, et en premier les Arabes et les Portugais ». Jusqu’à tout récemment, Vasco de Gama y était enterré.

Les infrastructures et l’éducation s’amélioreront petit à petit, les autres fractures c’est moins certain.

En sens inverse, l’élite indienne est de bon niveau, comme en témoigne sa réussite aux États-Unis en particulier dans les technologies modernes. Comme en témoignent également le développement de la région de Bangalore, l’apparition d’un vaccin indien etc.

D’un point de vue militaire, les nouvelles venant de Chine sont impressionnantes et on n’imagine pas que l’Inde soit au même niveau. Mais elle peut évoluer rapidement avec l’appui occidental. Elle vient notamment d’acheter des Rafales. C’est un point géopolitique important à suivre de près

Reste la question de la démocratie. Le contraste avec la Chine pousse beaucoup d’observateurs à penser que c’est un handicap, et que le prix à payer pour rester un pays libre est économiquement très élevé. Mais à mon avis, c’est un a priori non mesurable et pas forcément justifié à long terme.

Le débat démocratique peut éviter des erreurs stratégiques. On dit qu’il favorise l’action de lobbys économiquement conservateurs, ce qui est exact mais existe probablement également en Chine, quoique plus discrètement. Je pense par exemple au poids des entreprises publiques dans ce dernier pays.

La démocratie permet aussi le libre débat des idées, pas seulement politiques mais également en sciences. La Chine a bénéficié d’une grande ouverture des États-Unis à ses étudiants, mais cette époque est probablement terminée parce que les étudiants chinois sont suspectés d’être des espions potentiels. Soit par conviction idéologique ou orgueil national, soit contraints et forcés par les pressions exercées par les services chinois sur l’intéressé ou sa famille. L’Inde bénéficie au contraire de ses relations avec les États-Unis, et chacun remarque que la mère de la vice-présidente actuelle, Kamala Harris, est indienne. Pour plus de détail sur cette question indienne, vous pouvez consulter mon article à ce sujet.

Les limites de la Chine

Il serait aussi intéressant de se questionner sur les limites de ce développement chinois ? Quels sont les principaux défauts que rencontre le pays qui risquent de lui faire du tort et de potentiellement l’empêcher d’atteindre son rêve, c’est-à-dire être la nation la plus puissante d’ici 2049 ?

Yves Montenay : La première contrainte sera celle de la démographie, citée plus haut. Il est très difficile au gouvernement de pousser la fécondité à la hausse, alors que la politique de l’enfant unique , beaucoup trop longtemps pratiquée, était possible dans un régime autoritaire.

On peut imaginer que le pouvoir sera de plus en plus sensible à cette question et va multiplier les mesures, la plus prévisible étant celle du recul de l’âge de la retraite, actuellement 60 ans, à 65 ans voire davantage. Elle aurait un effet massif et immédiat, mais serait probablement mal vue politiquement.

Par contre les encouragements à la fécondité, prévisibles eux aussi, butent sur le prix des logements, le coût des études, le désir des femmes de travailler… et dans une moindre mesure sur la pénurie de femmes, puisqu’à l’époque de l’obligation de l’enfant unique les filles ont été victimes d’avortements sélectifs, et souvent d’infanticides.

Et de toute façon, une éventuelle hausse de la fécondité mettrait plus de 20 ans avoir un début d’effet sur le nombre d’actifs, et 65 ans pour remodeler la pyramide des âges !

Mais c’est une question pour les spécialistes, la majorité des commentateurs s’intéressant plutôt à la question du régime politique. La Chine a réussi à convaincre beaucoup d’observateurs que son régime était plus efficace dans tous les domaines et en particulier celui du développement.

Personnellement je pense que les progrès récents et actuels doivent beaucoup à la mondialisation, pas seulement des capitaux et des marchandises, mais aussi celle des idées, notamment concernant les contacts avec l’étranger. Or la fermeture internationale d’Internet , la quasi interdiction de séjour des journalistes américains, l’inquiétude des investisseurs étrangers vont refermer intellectuellement la Chine. Cette inquiétude vient de la multiplication des règles imposées par le PCC aux entreprises et de la réaffirmation de l’autorité des cellules d’entreprise de ce dernier.

Cette incertitude va s’ajouter au fait que les salaires chinois ne sont plus  extrêmement bas et que de plus en plus de pays sont devenus compétitifs dans ce domaine. Si de plus l’ordre public y est satisfaisant, pourquoi ne pas les choisir de préférence à la Chine ?

C’est justement le cas de plusieurs pays asiatiques.

Le développement des autres pays d’Asie

La Chine, le Japon et l’Inde sont les trois principaux colosses de ce monde asiatique. Que pouvez-vous dire sur le développement des pays suiveurs de la région ? Par là je parle bien entendu des pays comme la Thaïlande, le Vietnam, l’Indonésie.

Yves Montenay : Comme nous venons de le voir, ces pays bénéficient des faiblesses actuelles de la Chine.

Le Vietnam ressemble beaucoup à la Chine d’il y a 10 ou 20 ans, avec son retour au pragmatisme en 1989 (j’y étais) après une catastrophe communiste. Les investisseurs étrangers s’y sentent en terrain connu, qu’ils soient Occidentaux ou Chinois de Chine, de Taïwan, de Singapour…

Géopolitiquement, c’est un pays extrêmement opposé à la Chine qui l’a colonisé pendant des siècles. La culture locale est bouddhiste avec une minorité catholique notable. La culture française l’avait profondément pénétré mais elle a été éradiquée au début du communisme, notamment avec l’élimination ou l’émigration de son élite. Et lors du retour au pragmatisme, c’est la culture américaine qui s’est imposée.

La Thaïlande , pays bouddhiste, est un des rares pays à n’avoir jamais été colonisé, grâce à un jeu d’équilibre entre les Occidentaux. J’y ai même vu une tombe de soldats envoyés par François Ier ! Il a évité les catastrophes communistes, et ses quelques coups d’État n’ont jamais mis en place jusqu’à présent une dictature aussi dure qu’en Chine ou même qu’au Vietnam. L’économie est assez diversifiée et en bonne partie entre les mains de Thaïlandais d’origine chinoise. La pandémie a porté un coup très rude au tourisme et au secteur automobile, mais le pays conserve une agriculture dynamique et des secteurs industriels et de services importants.

L’Indonésie est le pays le plus peuplé de la région après la Chine, avec 270 millions d’habitants. La grande majorité de la population est musulmane avec des minorités chrétiennes, bouddhistes et hindoues (surtout à Bali pour ces dernières). L’islam n’est pas religion d’État et des partis islamistes sont minoritaires. Des trois pays dont nous parlons ici c’est le seul à être une véritable démocratie, même si elle est très imparfaite. Comme les deux autres c’est une puissance agricole, de plus en plus complétée par un secteur moderne industriel et de services

Le pivot asiatique

Depuis Obama, les États-Unis se tournent vers le Pacifique pour des raisons économiques et stratégiques (c’est le fameux pivot asiatique mentionné par Hillary Clinton). Quels sont les opportunités et les risques d’une telle augmentation de la présence américaine en mer de Chine ?

Yves Montenay : La réponse dépend en partie des forces militaires en présence, ce qui n’est pas dans mon domaine de compétence. Je me bornerai à signaler l’énorme effort de modernisation de l’armée chinoise et le renforcement de sa marine de guerre. Nous ne sommes plus en 1979 où l’armée chinoise s’est faite battre par le Vietnam lorsqu’elle a essayé d’y faire une excursion militaire.

Je reviens à mon domaine de compétence.

Avec cette question, on sort les considérations logiques et factuelles comme la démographie et les données économiques pour entrer dans le domaine beaucoup plus flou des effets d’annonce, des perceptions réciproques, des orgueils nationaux etc.

Dans le cas des démocraties, et pour commencer celui des États-Unis, il peut y avoir une pression de l’opinion publique, elle-même irrationnelle. On se souvient de la défaite militaire du Viêt-cong à Hue en 1968, et son erreur quant à l’état d’esprit de la population civile du Vietnam sud qui ne s’est pas soulevée en sa faveur, et qu’il a massacré dans cette ville y commettant un gigantesque crime de guerre. Or en quelques semaines la perception américaine a été celle d’une défaite et d’une guerre injuste à arrêter. Ce fut donc finalement une victoire médiatique pour le Vietnam du Nord et le monde communiste notamment grâce à ses relais dans la société américaine. La guerre des images est donc très importante

Pour la Chine c’est évidemment une illustration de la fragilité de l’engagement américain. D’autant plus que, récemment, le président Trump a laissé tomber des alliés compagnons d’armes : les Kurdes de Syrie et l’armée du gouvernement afghan. Il sera donc tentant pour la Chine d’utiliser ces arguments dans les pays qui l’entourent pour contrer les initiatives américaines.

Recomposition des alliances et développement régional

Toujours au niveau stratégique, l’essor de la puissance chinoise a poussé de nouvelles recompositions d’alliances. Le pays se retrouve en étau  entre les États-Unis, l’Inde et le Japon. Quel est le bénéfice positif (et l’impact négatif) d’une telle recomposition sur le développement régional ? Cela impactera-t-il les structures comme l’ASEAN ?

Yves Montenay : Sur le plan économique je ne vois pas de grandes conséquences, la région étant déjà structurée par une série d’accords économiques, le dernier ayant été lancé par la Chine. Et cela d’autant plus que l’action chinoise ne respecte pas forcément ses propres engagements, puisque concomitamment à la signature de ce dernier traité elle punissait l’Australie qui avait critiqué son non-respect des droits de l’Homme en arrêtant les importations massives de charbon en provenance de ce pays. Ce qui a d’ailleurs entraîné des coupures d’électricité en Chine, où sa production est massivement à base de charbon malgré un accent depuis quelques années sur les énergies renouvelables.

Sur le plan des rapports internationaux, cela rappelle que la Chine est le principal pollueur mondial, et surtout celui dont la pollution continue à augmenter alors que celle des pays riches diminue. La Chine a contre-attaqué en prévoyant sa neutralité carbone en 2060. Il est trop tôt pour savoir si c’est un simple effet d’annonce destiné à saper des critiques actuelles.

Développement économique mais retour en arrière au niveau humain ?

Nous avons, dans notre précédent article, expliqué que la majorité des musulmans se trouvaient en Asie. Pourtant leur présence est vue comme une menace par de nombreux pays : les Ouïghours en Chine, les Rohingyas en Birmanie, la politique antimusulmane de Narendra Modi en Inde… l’Asie semble vouloir progresser au niveau économique et technologique tout en gardant des permanences archaïques au niveau social. Comment s’explique cette politique et ces difficultés qui persistent aujourd’hui ?

Yves Montenay : Cette question est tout à fait pertinente.
Il faut d’abord rappeler les principales données de géographie humaine : les trois pays musulmans de la région sont la Malaisie, l’Indonésie et le Bangladesh. Plus à l’ouest on retombe dans le monde musulman avec le Pakistan, l’Afghanistan, le Moyen-Orient, le Maghreb et le Sahel, mais c’est un monde très différent.

En effet nos trois pays musulmans de la région sont des démocraties, certes critiquables d’un point de vue européen, mais, toujours d’un point de vue européen, bien supérieures aux autres régimes musulmans (je passe sur les rares exceptions : Tunisie, Sénégal…). De plus, les partis islamistes n’y ont pas de succès électoraux, même si sont capables de monter des manifestations de masse.

Il n’y a donc rien dans ces pays qui explique les mouvements anti-musulmans des autres, auxquels il faut ajouter la Chine qui mène actuellement chez les Han, le peuple chinois majoritaire, si une offensive anti religieuse visant aussi les chrétiens, offensive s’ajoute aux actions violentes contre les Ouïghours.

Ces mouvements anti-musulmans ont donc à mon avis des raisons de politique intérieure de chaque État. Nous l’avons vu pour l’Inde. Pour la Chine il s’agit de détruire tout ce qui peut résister au parti. Pour la Birmanie c’est à mon avis une conséquence du nationalisme bouddhiste birman, qui est depuis des décennies en guerre civile contre d’autres minorités notamment chrétiennes.

Au-delà des mouvements anti musulmans, il faut se souvenir que tous ces pays ont une histoire ancienne s’appuyant sur les textes largement enseignés dans les écoles.

Pour eux l’islam est une intrusion moderne qui va à l’encontre de traditions profondément ancrées. En effet l’islam est apparu dans cette région à peine avant les Portugais qui, eux, ont apporté le christianisme. L’islam est donc parfois assimilé à l’étranger. Les gouvernements tiennent compte de cet état d’esprit.

Historiquement, cet archaïsme n’est pas vraiment un retour en arrière mais plutôt la fin d’une parenthèse occidentale, souvent de nature coloniale. L’empreinte occidentale reste profonde mais est limitée à une fraction de la bourgeoisie.

Sur le web

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    Pour Huawei, les choses ne devraient pas s’arranger en 2021

    news.movim.eu / Numerama · Friday, 5 February, 2021 - 13:39

Huawei

Pour qui pensait que le changement d'administration aux USA allait améliorer le sort de Huawei, c'est la douche froide : une responsable de l'équipe de Joe Biden a fait comprendre que le ton n'allait pas changer. [Lire la suite]

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    Birmanie : l’Occident a tout faux

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Wednesday, 3 February, 2021 - 04:15 · 3 minutes

Par Gilles Della Guardia.

Le coup militaire récent en Myanmar a montré, une fois encore, la faiblesse de l’analyse médiatique occidentale, pour ne pas dire même son aveuglement et ses biais idéologiques.

On s’est excités chez nous sur les droits de l’Homme dans le nord-ouest du pays et maintenant on va s’obnubiler sur le respect du suffrage populaire à Naypyidaw (prononcer népido, Rangoon demeurant le centre économique et social). Mais, en réalité, depuis une bonne dizaine d’années, le sujet n’est plus vraiment là  : le sage s’occupe de coloniser la lune, tandis que l’occidental s’énerve sur le doigt qui la désigne…

Ainsi, personne ne parle du fond des choses qui est l’emprise entière de la Chine sur ce pays, laquelle a permis à l’Empire du milieu de devenir de facto un riverain majeur de l’Océan indien. Mais, personne ne parle de la Chine, car plus personne ne peut plus rien à sa colonisation de la Birmanie qui est effective.

Or, c’est à l’évidence un point important, car ce pays magnifique, mais tenu par des mafias anciennes et puissantes utilisant de longue date d’une part la religion pour maintenir leur asservissement des populations et d’autre part la production de drogues pour perpétuer guérillas et instabilités internes, est stratégique dans le conflit sino-indien. Et même plus largement dans la puissante percée engagée méthodiquement par la Chine vers l’Océan indien. Son succès, probable, scellerait sa victoire sur l’Occident qui tente encore de s’y opposer avec son alliance « indo-pacifique »…

Mais il est bien tard : ceux qui ne réfléchissent qu’à court terme, se sont ainsi condamnés à être en retard pour les échéances décisives. La Birmanie et l’Océan indien en sont assurément bien une…

Pendant ce temps-là, la Chine a engagé une accélération intense du développement de sa marine, avec entre autres trois porte-hélicoptères mis à l’eau en moins d’un an et demi : de 35 000 tonnes chacun, donc près de deux fois plus lourds que nos Mistral. Huit unités similaires auraient été commandées au total pour mise en service d’ici 2027.

La Chine qui absorbe 30 % des exportations répertoriées de la Birmanie et lui fournit 40 % de ses importations, y est véritablement « chez elle » : en effet, même si la Chine n’affiche pas de revendication de principe vis-à-vis de la Birmanie, elle en a déjà acquis les principaux actifs géographiques, notamment en matière logistique avec l’axe Kummin-Kyaukpyu et d’exploitation offshore .

Sans compter aussi le très discret côté financier, ni en outre tout ce que l’on ne sait pas, mais que l’immensité de la puissance financière chinoise étatique oblige quand même l’analyse réaliste à prendre en compte, s’agissant d’un enjeu si stratégique… Sans surprise, les chiffres publiés des IDEs montrent la domination de l’investissement chinois en Birmanie, direct et indirect…

La chaîne stratégique chinoise s’étend depuis la Birmanie et la Thaïlande jusqu’à Djibouti, en s’appuyant désormais solidement aussi sur l’Iran. Que ce grand pays, et sa dictature, ait récemment repris aussi ouvertement le développement de son nucléaire militaire, ne peut vraiment s’expliquer que par l’alliance chinoise discrètement conclue récemment, dont l’accord de troc « pétrole contre produits manufacturés » qui a été publié, est une indication claire de sa réalité, tout autant que l’existence d’un volet militaire ne fait plus aucun doute, à constater les commentaires à ce sujet en Israël.

Et chacun comprend combien cela arrange hautement le PC chinois que l’Occident s’évertue à affaiblir les dirigeants birmans, les militaires comme madame Aung-San-Suu-Kyi… L’état d’urgence a été imposé pour un an ; un an : le temps nécessaire aux maîtres pour boucler méthodiquement et sans tapage tous les élus et sympathisants démocrates…

Alors que la normalisation de Hong kong est désormais une affaire actée, l’attention de tous les Occidentaux est focalisée sur Taïwan. Mais le front ouvert est bien plus large… Et au même moment, l’OTAN sans rire, fait de grandes manœuvres agressives à la frontière russe…

Continuerons-nous longtemps à ne regarder que le doigt ?

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    Les énergies renouvelables handicapent-elles la Chine ?

    ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Tuesday, 26 January, 2021 - 03:50 · 8 minutes

énergies renouvelables

Par Michel Gay.

Fin 2020, plusieurs provinces dans le sud de la Chine (Zhejiang, Hunan, Jiangxi…) ont connu des restrictions de consommation d’électricité et des délestages occasionnant des arrêts de production.

La Chine manque-t-elle d’électricité à cause des énergies renouvelables ?

Ce phénomène est aujourd’hui un sujet d’actualité brûlant en Chine. La capacité installée du parc électrique chinois croît pourtant rapidement, atteignant 100 gigawatts (GW) chaque année, dont 60 GW d’énergies renouvelables intermittentes (EnRI).

Alors pourquoi cette pénurie d’électricité ?

Deux explications :

Les restrictions de consommation d’électricité sont provoquées artificiellement dans certaines provinces parce que leur administration doit respecter les normes définies par le gouvernement sur le contrôle de la consommation électrique. C’est le cas de la province du Zhejiang qui était sur le point de dépasser ses seuils en cette période de fin d’année.

La pénurie d’électricité a obligé de nombreuses entreprises à acheter des groupes électrogènes diesel onéreux et polluants pour assurer leur fonctionnement.

Un manque de production d’électricité , notamment dans le Hunan et le Jiangsu dû au déploiement massif et rapide des EnRI. Les causes résultent d’un vent et d’un soleil faibles pendant une période froide hivernale entraînant une production éolienne et solaire diminuée, alors que beaucoup d’entreprises rattrapaient leur retard causé par l’épidémie de Covid-19, et que la consommation d’électricité pour le chauffage a augmenté.

L’éolien comme le photovoltaïque sont des sources d’énergies fatales subventionnées dont la part importante dans la production d’électricité diminue la rentabilité des autres filières conventionnelles. C’est en particulier le cas pour les centrales au charbon qui dominent dans la production d’électricité chinoise et fournissent une ressource électrique stable et pilotable.

La Chine ne peut donc pas satisfaire en même temps sa sécurité d’approvisionnement en électricité, le développement des EnRI et la baisse de production des centrales au charbon qui permet de pallier les variations de l’éolien et du solaire.

Le paradoxe chinois avec le développement des énergies renouvelables

Assurer la sécurité d’approvisionnement en électricité implique paradoxalement la construction de nouvelles centrales au charbon dans certaines régions chinoises alors qu’elles fonctionnent aujourd’hui seulement 4300 heures par an en moyenne à l’échelle nationale. L’équilibre financier estimé à 5500 heures ne peut plus être atteint avec l’essor des EnRI subventionnées prioritaires sur le réseau.

Toutefois, le développement des EnRI atteindrait rapidement le maximum supportable pour la sécurité du réseau d’électricité si la filière au charbon ne disposait pas d’une capacité excédentaire pour compenser leurs absences et sécuriser l’approvisionnement.

Dans cet objectif, la Chine envisage de subventionner les prix de l’électricité issue du charbon bien que la pollution atmosphérique soit devenue un problème politique important pour le pouvoir chinois.

Préoccupations écologiques

Le 19ème Comité central du Parti communiste chinois a souligné le besoin de nouveaux progrès dans le domaine de la « civilisation écologique ». La promotion de la croissance à faible émission de carbone et la réduction des rejets des principaux polluants ont été encouragés.

Dans ce contexte, la mise en service d’une quarantaine de réacteurs nucléaires depuis dix ans dans le pays (dont 30 réacteurs ces cinq dernières années) a apporté une contribution importante à la protection de l’environnement.

Pour une même puissance installée, le nucléaire produit en continu trois fois plus d’électricité que l’éolien et presque sept fois plus que le photovoltaïque.

Le choix du type de réacteur à construire s’est porté sur le réacteur chinois de génération III Hualong 1, dont la mise en chantier de quatre nouveaux réacteurs a été autorisée en septembre 2020, annonçant leur déploiement pour les dix prochaines années.

Le premier réacteur chinois tête de série Hualong 1 de génération III a été connecté au réseau le 27 novembre 2020 à Fuqing. Il avait été mis en chantier en novembre 2014.

Le journal Le Quotidien du Peuple a souligné que ce couplage au réseau marquait ainsi l’entrée de la Chine dans les rangs des pays avancés en matière nucléaire en brisant le monopole de la technologie étrangère. Ce pays dispose dorénavant d’un tissu industriel complet dans le domaine nucléaire et dispose des compétences requises.

Le Hualong 1 est appelé à jouer un grand rôle en renforçant la confiance de l’État dans la technologie chinoise ainsi que des pays concernés par la stratégie des nouvelles routes de la soie.

De plus, son coût de construction en Chine ne représente que 60% du coût d’un réacteur importé.

Le Président Xi Jinping a dit…

Lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations-Unies en septembre 2020, le président chinois Xi Jinping a déclaré :

« Nous visons à ce que les émissions de CO2 atteignent leur maximum avant 2030 et à ce que la Chine atteigne la neutralité carbone d’ici 2060 ».

Dans cette perspective, le mécanisme de « développement propre » qui inclut le nucléaire sera appliqué.

Au cours de la période du 13ème plan quinquennal, les EnRI ont connu un taux de croissance annuel moyen de 32 %, permettant à la Chine de se classer au premier rang mondial en la matière. Les parcs chinois représentaient 210 GW pour l’éolien et 204 GW pour le photovoltaïque à la fin de 2019, soit 20 % de la capacité installée électrique du pays (plus de 2000 GW). Ils ont fourni presque 10 % (700 TWh) de la production d’électricité chinoise (7500 TWh) en 2020.

Mais une proportion élevée d’EnRI dans la production d’électricité crée une forte instabilité. En 2019, des fluctuations de puissances journalières ont dépassé 100 GW sans correspondre aux besoins nationaux. Ces gigantesques variations subites rendent difficiles la gestion de l’équilibre des systèmes électriques car les capacités disponibles de production flexibles au gaz et au fioul sont relativement faibles en Chine.

À mesure que la part de production des EnRI augmente, les capacités de régulation de la puissance active, de la fréquence et de la tension diminuent, fragilisant ainsi les réseaux électriques qui risquent de plus en plus de pannes en chaîne de grande ampleur.

Lors du Sommet des Nations Unies tenu le 12 décembre 2020 sur l’ambition climatique, le président chinois XI Jinping a déclaré que d’ici 2030, la Chine :

  1. Abaisserait ses émissions de CO2 par unité de produit intérieur brut (PIB) de plus de 65 % par rapport au niveau de 2005.
  2. Porterait environ à 25 % la part des énergies non fossiles dans la consommation des énergies primaires (les quatre sources non fossiles sont l’éolien, le solaire, l’hydraulique et le nucléaire).
  3. Porterait à 1200 GW au moins la capacité installée des filières éoliennes et solaires (moins de 450 GW aujourd’hui).

Il s’agit d’un nouvel engagement sur la réponse de la Chine au changement climatique après avoir annoncé en septembre 2020 l’objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2060.

Ces annonces montrent la volonté de la Chine d’utiliser toutes les sources d’énergie propre, notamment l’énergie nucléaire et l’hydroélectricité.

Toutefois, le développement de la filière hydroélectrique reste limité. Déjà 90 % des ressources économiquement exploitables ont déjà été utilisées. Son potentiel est estimé à seulement 402 GW, et les dix prochaines années seront la période finale de son développement.

En revanche, le nucléaire présente un fort potentiel de développement en Chine.

Le Livre Blanc sur les énergies

Le Livre blanc intitulé Le développement des énergies en Chine dans une nouvelle ère publié le 21 décembre 2020 prévoit un rythme de lancement atteignant six nouveaux réacteurs nucléaires chaque année. Le parc nucléaire chinois, aujourd’hui doté de 48 réacteurs, représente une puissance de 50 GW. Il classe la Chine au troisième rang mondial, juste derrière la France et les États-Unis.

En parallèle, 14 réacteurs sont en construction, représentant une puissance de 15 GW. La capacité installée du parc nucléaire en service et en construction en Chine dépasse donc les 65 GW, ce qui le place au deuxième rang mondial devant la France.

Et ce parc nucléaire devrait atteindre 150 GW en 2035, conduisant ce pays au premier rang mondial devant les États-Unis (100 GW).

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères (WANG Wenbin) a déclaré les 24 décembre 2020, dans une conférence de presse, que son pays avait aussi l’intention d’investir dans des centrales nucléaires de l’Union européenne .

Malgré un passage difficile aujourd’hui dans sa production d’électricité, la Chine se donne les moyens de ses ambitions pour répondre à ses besoins, tout en visant la neutralité carbone en 2060.

Toutefois, cet objectif n’est peut-être qu’un affichage politique à l’international pour l’image écologique de la Chine.

Bien que la Chine se dote massivement de centrales nucléaires (moins de 5 % de la production actuellement) et d’EnRI (moins de 10 % de la production) pour remplacer partiellement les centrales au charbon, à gaz et au fioul qui représentent encore près de 85 % de sa production actuelle, cet objectif sera difficile à atteindre.

Mais qui sait ce dont est capable la Chine ?