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      Île-de-France et ordinateurs « gratuits » : comme prévu, l’intendance n’a pas suivi

      h16 · ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Friday, 15 January, 2021 - 08:30 · 7 minutes

    par h16

    Suite à un « effort sans précédent et inédit en France par sa rapidité de déploiement » , l’État a décidé de vacciner tout le moOoups on me dit dans l’oreillette que ce n’est pas du tout ce dont il s’agit mais bien de l’idée courageuse, volontariste et forcément bon marché d’informatiser les têtes blondes d’Île-de-France. Et fort bizarrement, c’est le drame.

    Enfin je dis bizarrement, mais les habitués de ces colonnes savent que l’historique de l’État en matière d’informatique commande la plus ferme lucidité et que cette dernière impose un triste constat : dès qu’il y met les doigts, tout le bras y passe et c’est toujours une catastrophe.

    Et non, je n’exagère pas : pour s’en convaincre, il suffira de se souvenir, comme je le faisais dans certains précédents billets , du Plan calcul , du Plan Informatique pour tous , ou plus proche de notre trépidant présent, les frétillantes réussites que furent Louvois, Chorus, l’Opérateur National de Paie, la gestion informatisée des cartes grises automobiles, le cloucloud souverain et tant d’autres tentatives qui ont depuis donné à la French Tech son délicieux parfum d’échec retentissant, avec des centaines de millions voire des milliards d’euros jetés par les fenêtres puis brûlés et éparpillés depuis des hélicoptères républicains carburant au Dom Perignon.

    Et dernièrement, c’est donc l’opération francilienne de distribution d’ordinateurs aux lycéens qui semble vouloir récupérer le prix de nouvelle catastrophe informatique étatique. Si, pour une catastrophe d’ampleur biblique, il nous aurait fallu une Ségolène survitaminée, on se contentera pour celle-ci, d’ampleur régionale, d’une Valérie Pécresse absolument décidée à dépenser l’argent gratuit du contribuable francilien dans cette distribution de machines qui n’ont manifestement pas réussi à trouver grâce auprès de leurs destinataires : distribution gérée comme les masques, les tests et les vaccins, des problèmes avec le réseau wifi (ceux des établissements n’étant bizarrement pas conçus pour la charge induite), manuels électroniques trop lourds pour les performances des ordinateurs achetés, jugées trop faibles, service après-vente débordé ou mal géré par des établissements et une région désorganisés, défauts de formation des professeurs autant que des élèves, il n’a pas fallu longtemps pour que l’ensemble de l’opération soit tristement qualifié de buggé par une presse sans tendresse .

    Bien sûr, l’analyse détaillée montre que les machines ne sont pas aussi éloignées de ce qu’on aurait pû attendre, mais à 180 millions d’euros de facture totale, les cris et les grincements de dents sont finalement un peu trop audibles. Pour 340 000 machines distribuées, soit plus de 500 euros par « machine gratuite », on pouvait s’attendre à mieux…

    En réalité et comme je le mentionnais dans les premiers paragraphes, la propension naturelle de la bureaucratie française à se planter mollement en cramant des sommes folles, notamment lorsqu’il s’agit d’informatique, laissait clairement entrevoir le problème avant même que l’opération soit lancée.

    Pour la région Île-De-France, il était donc couru d’avance que l’aventure tentée par Pécresse allait tourner au coûteux vinaigre. À titre de consolation, on pourra noter que n’ayant pas toute la puissance délirante de l’État derrière soi, on dépense un peu moins, ce qui limite le dérapage en dessous du milliard.

    À ce point de l’observation, on ne peut que se demander, alors que la France traverse gentiment une nouvelle bordée d’heures de plus en plus sombres de son Histoire, littéralement et métaphoriquement , pourquoi une autorité politique s’est encore une fois lancée dans une dépense somptueuse.

    Ici nous explique-t-on, les zotorités voulaient vaillamment réduire une fracture numérique qui existe d’autant plus que les biens technologiques sont de plus en plus inabordables pour les classes modestes, justement ponctionnées qu’elles sont par l’État et ses engeances pour subvenir à toutes les lubies qui passent par la tête de toutes les Pécresses de nos régions, et avec ce fumet de foutage de gueule lorsque la solution imposée ne résout rien.

    En effet, tout indique qu’à cause de l’inhérente et indécrottable centralisation franco-franchouille, le matériel et ses inévitables petits soucis de démarrage et de maintenance sont impossibles à gérer efficacement.

    Peut-on en être surpris, alors que, même à supposer que la dépense était réellement indispensable, la mise à disposition d’un « chèque informatique », cantonné à l’achat d’un ordinateur répondant à quelques caractéristiques génériques, chez n’importe quel fabricant, aurait résolu ce problème : cela aurait quelque peu responsabilisé l’acheteur, stimulé la concurrence des différents fabricants voire des assembleurs locaux, proches des lycéens, en répartissant le service après-vente sur plusieurs d’entre eux en fonction des choix de chaque élève ; bref, on aurait laissé le marché gérer ce qu’il fait du reste fort bien pour les dizaines de millions de machines déjà réparties sur tout le territoire français et on aurait déchargé les régions et les établissements scolaires de cette encombrante responsabilité.

    Peut-on de même s’étonner que les professeurs ne soient pas à jour pour la gestion des matériels informatiques ainsi distribués ? Est-ce vraiment le rôle de M. Chombier, prof d’Histoire en seconde B au Lycée Pablo Nerruda de Vitry-Sur-Seine de faire de l’administration système sur ces coucous, sérieusement ?

    Mais plus profondément, on doit se demander ce qui pousse ainsi les politiciens en général et Pécresse en particulier à vouloir ainsi intervenir avec des solutions éculées, maintes fois battues en brèche, pour résoudre un problème qui n’est en dernière analyse pas de leur ressort.

    En fait, la réponse vient de la bouche de Pécresse elle-même lorsqu’elle déclare : « Nous sommes prêts à aider, laissez-nous faire ! »

    Même s’il s’agit d’un sujet différent, la réponse s’impose d’elle-même, évidente : non, surtout pas. Ni au niveau de la région, ni au niveau de l’État !

    Sacrebleu, il faut l’écrire, le dire et le répéter : vous, les politiciens, vous êtes tous nuls .

    Pour distribuer du vaccin, des masques, des tests ou des ordinateurs, pour la logistique comme pour la distribution, la maintenance et le suivi de quoi que ce soit, pour la gestion budgétaire à votre niveau qu’il soit national, local ou régional, ou, pire encore, pour la création de richesse, vous êtes nuls. Pas médiocres, non. Nuls. Catastrophiques. À valeur ajoutée strictement négative. Vraiment. À chier.

    La seule légitimité, le seul domaine dans lequel le citoyen peut encore vous prêter une compétence, c’est dans ce régalien dont plus aucun d’entre vous, politiciens, ne semble vouloir s’occuper et qui reste en jachère. Vous êtes nuls dans tous les domaines avec ce brio et ce panache qui caractérisent les cuistres, les imbéciles, les incompétents et les parasites, et vous êtes à présent complètement à la ramasse dans le seul domaine où on vous attend vraiment.

    En réalité, n’en jetez plus. Arrêtez d’aider ! Toute la France est mortellement « aidée » par toute cette encombrante classe de parasites politiques et bureaucratiques, car pour aider, ils ponctionnent (toujours plus) et s’organisent (toujours plus), se réunissent (toujours plus), se paient (toujours plus) et redistribuent, toujours à plus de gens, qui reçoivent donc toujours moins.

    En définitive, le pays crève de cette cataracte de ces « aides » qui l’asphyxient, depuis les ordinateurs jusqu’au système de soins qui ne tient plus debout et paralyse le pays pour s’assurer qu’il mourra en bonne santé.

    Ce pays est foutu. Arrêtez de nous aider.


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      Et maintenant, un petit indice de réparabilité

      h16 · ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Wednesday, 13 January, 2021 - 08:30 · 7 minutes

    réparation garage

    par h16

    La France est en guerre. Pas seulement contre les terroristes. Pas seulement contre les virus. Pas seulement contre les discours de haine. Non : au-delà de ces âpres croisades pour un Monde D’Après Plus Duveteux et Plus Nouveau, depuis 2012, la France est aussi en guerre contre le gaspillage .

    Ah, le gaspillage ! Quel combat ! Que dis-je, quel sacerdoce !

    Car là où l’écologie entend diminuer notre empreinte (carbone, visuelle, atmosphérique, énergétique, j’en passe) jusqu’à garantir notre parfaite neutralité, la lutte contre le gaspillage entend de surcroît s’assurer qu’aucun geste ne sera superflu, qu’aucune production ne sera perdue, qu’il n’y aura aucune perte et que rien ne sera laissé au hasard.

    Concrètement, cela se traduit par une nouvelle petite loi (digeste en seulement 130 articles rondement menés !) dont la récente promulgation entraîne – entre autres – le changement de plein de petits affichages colorés sur les appareils électro-ménagers ou les bidules électroniques qui entourent notre vie quotidienne : comme l’impose cette loi indispensable, ces derniers devront maintenant intégrer un indice de réparabilité .

    Youpi.

    Comme souvent, l’idée part d’une de ces bonnes intentions dont l’enfer est pavé avec minutie par nos législateurs déchaînés : certains appareils ne permettent pas une maintenance aisée et une panne, souvent triviale, se traduit parfois par un coût de réparation supérieur au prix de l’objet neuf.

    L’idée consiste donc à obliger les fabricants, qui sont un peu idiots sur les bords de n’y avoir pas pensé par eux-mêmes, à rendre leurs produits plus simples à démonter et à maintenir. Ce qui est d’autant plus facile à faire que ça ne remet en cause aucune chaîne de production et aucune étude des coûts et donc des bénéfices de ces entreprises.

    Cette obligation est en outre assortie d’une astreinte à conserver un stock de pièces détachées pendant plusieurs années disponibles à un « prix raisonnable » pour permettre, dans la logique législative, de répondre à l’impératif de rendre la réparation abordable par tout un chacun : moyennant une notice du fabricant elle aussi repensée comme la loi l’impose à présent et quelques tutoriels Youtube dégotés un dimanche après-midi, monsieur Toulemonde va enfin pouvoir réparer lui-même son lave-linge, son iPhone et sa tondeuse avec son unique tournevis cruciforme et un peu de WD40 en spray, c’est évident.

    Enfin, on introduira donc le fameux indice afin de punir subtilement les fabricants les plus retors de fournir une documentation trop légère, aucune pièce détachée dix ans après le temps d’usage moyen de leur produit ou aucun moyen simple de tout démonter (quitte à remonter de travers ensuite et se plaindre que ça ne marche pas).

    Bien sûr, on se réjouira que tout n’est pas encore massivement imposé, normé précisément jusqu’au moindre détail et qu’encore beaucoup d’éléments sont laissés à l’appréciation du fabricant qui dispose de quelques marges de manœuvre pour les critères qui entrent dans l’établissement de l’indice, même si, rassurez-vous, des sanctions existent s’il n’est pas affiché (on est en France, quand même).

    De façon étonnante, cet indice sera subtilement calculé par le fabricant lui-même et pas par une demi-douzaine d’Agences nationales de la Réparabilité à la fois neutres, indépendantes et noyées dans un torrent de cerfas gouleyants. Non, ici, il s’agit pour le fabricant de calculer lui-même son petit indice en mode « auto-critique » qui n’est pas sans rappeler un procès stalinien, à la différence que celui-ci se terminera plus joyeusement par une pastille colorée de rouge (vif) à vert (foncé) en fonction de l’adhésion aux thèses recyclistes.

    Malheureusement, tout ceci semble bâti sur des idées qui résistent mal à l’analyse sérieuse.

    Passons pudiquement sur le fait que cet indice est franco-français (s’étonnera-t-on qu’une nouvelle contrainte règlementaire sur les entreprises naisse dans l’Hexagone ?) ; on peut charitablement fantasmer une adaptation complète des chaînes de production de gros fabricants mondiaux d’appareils électro-ménagers ou d’électronique grand public pour venir adhérer tendrement au paysage législatif français et ses millions de bosses, plis et ravins dantesques, ou, plus vraisemblablement se dire que ça va encore encombrer les entreprises françaises dont la compétitivité est heureusement si insolente qu’elle n’en sera pas du tout amoindrie.

    Au-delà de cet aspect, force est de reconnaître que la réparation et la maintenance d’appareils électriques, électroniques ou mécaniques demandent du temps et, souvent, de la formation, ce qui explique assez facilement le coût attaché à ces opérations : tout n’est pas réparable par le consommateur lambda, loin s’en faut et la spécialisation de nos sociétés se paye logiquement, soit avec des objets bon marché mais peu réparables, soit avec une maintenance et des pièces détachées coûteuses.

    S’ajoute le cas spécifique de la France où toute main-d’œuvre humaine est subtilement taxée de tous les côtés jusqu’au trognon, ce qui n’améliore certainement pas la rentabilité de l’opération.

    Enfin, signalons que tenir à jour un stock de pièces détachées et de personnes compétentes pour les suivre et les utiliser coûte fort cher, en temps, en énergie et en espace. Ce coût est, à la fin, inévitablement payé par le consommateur d’une façon ou d’une autre. L’arbitrage du fabricant s’établit alors sur la qualité de ses productions ou sur le SAV de celles-ci, ce qui diminue les frais de maintenance mais augmente les prix à la vente par exemple.

    Le fabricant d’un côté, le consommateur de l’autre font tous les deux des choix plus ou moins contraints entre le renouvellement complet de l’objet ou sa maintenance dans le temps. Il n’y a pas de solution réaliste économiquement et écologiquement permettant de garantir à la fois un objet pas cher, de bonne qualité, facilement réparable et dont les pièces détachées sont disponibles toute sa durée de vie et au-delà.

    En somme et crûment, le choix s’établit donc entre « gaspiller » un objet en le renouvelant entièrement ou « gaspiller » temps, énergie et espace dans des formations, des services SAV et des pièces détachées surnuméraires, et il est impossible de définir a priori ce qui mérite une durée de vie longue ou pas ou des pièces détachées ou pas : seul le marché et son système de prix (des productions, des pièces détachées, de la main-d’oeuvre, du SAV) permettent d’approcher une solution viable.

    Or, dans cette situation, l’indice de réparatruc, imposé de façon artificielle et politique pour tenter d’apporter une « autre » solution à un problème déjà résolu par le marché, introduit des distorsions évidentes dont les effets de bord sont déjà visiblement défavorables aux fabricants français.

    Mais voilà : pour un nombre croissant de frétillants Français qui n’accepteront jamais les aléas de la vie (au point de graver un principe de précaution et son corollaire, le dégoût de toute prise de risque, dans la Constitution), pour une masse de plus en plus vocale d’individus qui refuseront toujours la disparition inévitable qui nous attend tous et toute chose autour de nous, tout doit être durable (depuis le développement jusqu’au confinement) et quand ça ne peut vraiment pas durer, ça doit être réparable, guérissable ou annulable sans frais.

    Cette lubie du durable, du réparable, cette chasse chimérique à un gaspillage mal défini, exagéré et recouvrant surtout une mauvaise compréhension des mécanismes de production et d’entretien, tout ceci a un coût qui se traduit directement sur le pouvoir d’achat des Français, et sur le niveau d’emploi dans le pays.

    Au passage, on s’étonnera que ce même indice n’ait pas été réclamé pour nos politiciens, seul endroit où il aurait été puissamment pertinent ; après tout, ils sont experts en matière de gaspillage, de pièces rapportées, et d’absence criante de service après-vente ou de notice claire d’utilisation.


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      Pourquoi libéralisme et social ne doivent pas être opposés

      Johan Rivalland · ancapism.marevalo.net / Contrepoints · Monday, 28 December, 2020 - 04:45 · 7 minutes

    libéralisme

    Par Johan Rivalland.

    La philosophie libérale est relativement méconnue en France. Et nous sommes nombreux à l’avoir découverte un peu par hasard. J’observe que pour certains lecteurs, par exemple, c’est en tombant sur un article de Contrepoints qu’ils disent avoir découvert et pris conscience de ce qu’est le libéralisme. Mais aussi de ce qu’il n’est pas…

    Dix-neuvième volet de notre série « Ce que le libéralisme n’est pas ».

    L’idée de progrès social

    Il se peut que j’aie découvert le libéralisme à travers la lecture des ouvrages de Jean-François Revel . Mais avais-je pour autant mis un mot sur les idées que je m’étais en partie appropriées, pas si sûr. À vrai dire, je ne m’en souviens plus très bien.

    Il me semble plutôt que c’est en tombant sur un exemplaire de « la Nouvelle lettre », parution hebdomadaire et actuellement bi-mensuelle de l’ALEPS, association qui existe depuis plus de cinquante ans, que j’ai ensuite découvert cette philosophie en tant que telle.

    Or, que signifie ALEPS ? Association pour la Liberté Économique et le Progrès Social. Autant dire que l’idée de progrès social est bien inscrite dans les gènes du libéralisme et constitue l’une de ses finalités essentielles.

    Car c’est bien en faisant confiance aux individus et à la liberté que l’on peut souhaiter qu’ils aient en matière de création, de commerce, d’échange, d’économie entre autres, que l’on peut espérer créer les conditions qui permettront de parvenir au progrès social.

    Le libéralisme étant un tout, rappelons-le, ne prenant pas en considération, loin de là, que la dimension économique, qui n’est absolument pas la seule préoccupation des libéraux – cette série en témoigne – même si elle est en revanche essentielle.

    Et c’est donc en favorisant la liberté d’entreprendre, de circuler, d’échanger, de s’exprimer, que l’on parvient à encourager le développement, ainsi que l’épanouissement des individus, de sorte que le maximum d’entre eux puissent ensuite jouir des progrès qui en résultent.

    Des progrès bien réels

    Même si la crise liée au Covid engendre des reculs momentanés, avec une montée du chômage et de la pauvreté, le mouvement de fond qui a prédominé au cours des deux derniers siècles, et qui s’est accéléré au cours des toutes dernières décennies, va dans le sens d’un recul très net de la pauvreté, aussi bien que des maladies et de l’âge de mortalité (espérance de vie), ou encore de l’analphabétisme, de la sous-alimentation, des guerres, et même – quoi que certains en disent – des taux de pollution. Tandis que les guerres, violences, inégalités (quoi qu’on en dise là encore) régressent là aussi.

    Tous éléments que vous pouvez aisément retrouver de manière très bien expliquée par exemple dans l’excellent et très réjouissant ouvrage de Johan Norberg Non, ce n’était pas mieux avant , dont je vous conseille une nouvelle fois vivement la lecture.

    Mais bien sûr, il ne faut jamais perdre de vue que ces bienfaits demeurent fragiles. Or, qu’est-ce qui semble clairement aller dans le sens de ces progrès ? Ceux avant tout des libertés fondamentales, ainsi que de celles évoquées plus haut, toutes constitutives de ce que l’on nomme le libéralisme.

    Aussi limitées soient-elles ; car quoi qu’en pensent là encore certains, nous sommes loin d’évoluer dans un monde dominé par le libéralisme.

    Libéralisme et progrès social ne sont pas incompatibles

    En 2014 déjà, Vincent Delhomme développait dans ces colonnes l’idée que le libéralisme n’est pas antisocial . Il démontait ainsi un certain nombre d’idées reçues sur ce que beaucoup attribuent à tort à cette philosophie. À l’instar de ce que nous avons déjà eu l’occasion d’affirmer, il montrait en quoi le libéralisme défend l’émancipation de chaque individu, et non comme on voudrait nous le faire croire de manière parfaitement grossière, des « riches ».

    Loin de considérer que les pauvres ne doivent leur sort qu’à leur paresse ou à leur manque d’initiative – affirmation attribuée à tort aux libéraux – le libéralisme cherche au contraire à améliorer les conditions susceptibles de permettre le recul de la pauvreté. Et donc du nombre de pauvres.

    Cela est sans doute moins immédiatement visible et moins « généreux » en apparence que ce que d’aucuns organisent, généralement avec l’argent des autres – sans forcément mettre en place les conditions propices au développement économique qui bénéficiera au plus grand nombre – mais est bien plus responsable que des systèmes artificiels et interventionnistes qui n’aboutissent que bien trop souvent au développement de véritables trappes à pauvreté.

    Car ce n’est pas par les subventions, les incitations, la répression, ou encore le protectionnisme, que les libéraux entendent créer les conditions indispensables à l’amélioration de la condition de chacun. Ni par la dépense publique ou la redistribution.

    Pas plus que par la loi qui, à l’image du SMIC dont on sait depuis longtemps qu’il empêche l’embauche de personnes très peu qualifiées , de la même manière que les réglementations trop rigides sur le licenciement, n’ont pour effet que de perturber la plupart du temps le marché et créer de la misère de fait. Sous couvert de bonnes intentions ou de cette très théorique et illusoire question de la « justice sociale » .

    Sans même évoquer la question du système de retraites par répartition , condamné par essence à péricliter, et qui en attendant n’assure que des performances bien médiocres au regard de la capitalisation , tout en ne permettant pas la force d’entraînement sur l’économie (et donc sur nos conditions) qu’autoriserait cette dernière.

    Mais c’est plutôt par l’appel de tous au sens de l’initiative, de la responsabilité, par la création des conditions propices à la liberté de créer et d’entreprendre que l’on peut au contraire espérer stimuler les forces d’entraînement qui dynamisent l’activité et permettent ainsi de créer des emplois, de la richesse, du bien-être.

    Et lorsque cela ne suffit pas, ou en attendant, par des systèmes d’entraide, la charité privée, voire pourquoi pas des systèmes limités d’aide mais sous certaines conditions et strictement réservés aux plus démunis ou accidentés de la vie, ou encore via toute autre forme de fraternité , de système d’assurance ou de solidarité volontaire .

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      Coronavirus : sans l’État, qui vous contaminerait ?

      h16 · news.movim.eu / Contrepoints · Wednesday, 4 March, 2020 - 08:30 · 6 minutes

    Par h16

    L’erreur est humaine, persévérer est diabolique, dit-on. Mais pour une bonne petite pandémie planétaire, qui de mieux que l’État ? Avec le coronavirus, on en a, encore une fois, une brillante démonstration.

    Le constat est aussi macabre qu’implacable : le coronavirus, qui a déjà, à cette date, fait plus de 3000 morts, n’aurait probablement pas eu autant d’impact sans l’intervention musclée du meilleur de l’État aux étapes cruciales de l’épidémie maintenant mondiale.

    Début décembre, alors que les premiers cas se présentaient, les autorités gouvernementales chinoises (locales d’abord, nationales ensuite) ont rapidement fait le nécessaire pour étouffer les méchantes rumeurs et les malades dans leur mucus, tout en se gardant bien de toute mesure ferme visant à contraindre ce qui apparaissait pourtant, dès le début, comme une péniblerie biologique difficile à gérer. Fin décembre, alors qu’apparaît le témoignage d’un médecin ne laissant plus guère de doute sur la transmission du virus d’homme à homme, le gouvernement chinois décide courageusement de l’emprisonner.

    On peut certes tortiller les faits, ils restent têtus : le gouvernement chinois n’a absolument pas aidé à comprendre le phénomène et à y mettre un terme au plus tôt, et il est clairement responsable , au moins en partie, de l’extension de l’épidémie.

    Tout juste pourrons-nous noter les réponses ensuite fort musclées du régime chinois, sans garantir le moins du monde qu’elles ont effectivement permis de calmer l’épidémie. On se demandera même si la puissance de la réponse ne joue pas plus un rôle démonstratif à l’égard du reste du monde qu’un rôle médical efficace…

    Parallèlement, ce qui se passe en France permet de tirer des conclusions assez similaires.

    Le régime politique est (heureusement) différent, mais la capacité de l’État à répondre à côté de la plaque à une question qu’il se pose lui-même de travers n’est pas plus démentie que pour l’État chinois.

    Ainsi, dès le début des rapatriements sur le territoire national de Français depuis la zone épidémique de Wuhan, plusieurs personnes remarquaient que cette opération n’était probablement pas très judicieuse. Citons le témoignage de l’épidémiologiste Yves Charpak , qui expliquait début février que ce rapatriement ne se justifiait pas et, pire encore, pouvait fort bien importer la maladie sur le sol français.

    Mais voilà : l’État français s’inscrit avant tout dans la communication, confond souvent l’action avec l’agitation et utilise cette dernière comme réponse ultime à différents problèmes qui méritent plutôt de la pondération et, parfois, des décisions courageusement impopulaires.

    Rapatriement il fut décidé, rapatriement il y eut. Et importation de la maladie il y eut aussi : selon toute vraisemblance, il apparaît ainsi qu’au moins une partie des infections françaises proviennent de la base aérienne de Creil où sont stationnés les militaires qui ont encadré le rapatriement des Français.

    À cette petite péripétie, on se devra d’ajouter un discours gouvernemental confus, mélange hétérogène entre la volonté (logique et louable) de ne surtout pas déclencher de panique, et la succession d’actions et de messages dont le timing invraisemblable tend plutôt à la créer chez les observateurs extérieurs : déclarer un jour qu’il n’y a aucun cas sur le territoire français pour devoir admettre dans les 48 heures suivantes qu’on en dénombre déjà des douzaines avec plusieurs décès, c’est un ratage communicationnel évident.

    Le principal souci est que ces collisions entre les discours et les faits montrent l’impréparation des politiciens dont on persiste à se demander ce qu’ils pouvaient bien fabriquer en janvier puis en février, pendant ces huit longues semaines où la menace était connue et la probabilité d’une pandémie de plus en plus forte : la préparation, au moins psychologique, des populations, des systèmes industriels, logistiques et de santé ne semble apparaître que maintenant, alors qu’il n’était ni idiot, ni déplacé de commencer à doter certains centres nationaux de référence en virologie de l’outillage indispensable pour faire face à une éventuelle extension de la maladie.

    Ici et très spécifiquement, je pense par exemple au CNR de la Croix Rousse à Lyon qui a dû, jusqu’à présent, effectuer ses tests virologiques ( PCR ) à la main, à raison de deux à trois par jour, alors que des machines ( Panther ) pour ce faire existent. Certes, elles sont en cours de livraison, mais on s’étonne qu’elles ne l’aient pas été beaucoup plus tôt, compte tenu de la situation. De la même façon, on s’étonnera que les transmissions de données, cruciales dans ce genre de situation, reposent encore trop souvent sur le bricolage individuel des personnels héroïques de ces institutions…

    En somme, tout indique que, malgré plusieurs semaines d’avertissements sur le caractère relativement inéluctable d’une extension de l’épidémie, les moyens (stocks, outils, procédures) n’ont pas été mis en place dans le système de santé français que le monde nous envie ♩ tsoin tsoin ♪ et pour lequel on paie pourtant « un pognon de dingue » ♬ tralala ♫ …

    En attendant, les patients qui tentent de savoir s’ils sont ou non contaminés en seront pour leurs frais : à raison de deux ou trois PCR par jour, on ne peut évidemment pas tester ceux qui le veulent (et on renvoie donc les cas potentiels chez eux , un suppo et au dodo, ça ira).

    Du reste, ces éléments ne surprendront que ceux qui croient encore naïvement à la propagande parfaitement grotesque d’une partie de nos institutions et de nos politiciens en mal d’électorat. Les autres pourront tenter d’appeler le numéro vert mis à disposition par le gouvernement pour entendre les conseils douteux qu’on y prodigue au sujet du coronavirus .

    Là encore, compte tenu des moyens théoriquement disponibles vu les montants qui sont ponctionnés à chaque Français, on ne peut que s’étonner de la médiocrité quasi-dangereuse des résultats obtenus…

    Alors, certes, on pourra se consoler en se disant, comme un article de The Economist l’explique récemment , que l’État, agissant de la sorte avec ses mesures un peu foutraques, aplatit les courbes épidémiques et permet au système social d’encaisser le choc, au prix, certes, d’une épidémie plus longue. Soit.

    Mais il n’en reste pas moins que la physionomie de l’épidémie elle-même aurait été profondément différente si l’État (fut-il chinois au départ ou français dans le cas qui nous occupe à présent) n’avait pas introduit ses gros sabots et que, pour les montagnes d’argent public qui sont cramées en France, on pouvait légitimement s’attendre à un peu mieux.

    L’erreur est humaine, mais pour un scandale de cette ampleur, il fallait faire intervenir l’État.



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